Le snooker du milieu des années 2020 est un sport dont le centre sportif et le centre commercial s'éloignent l'un de l'autre. La compétition se joue toujours entre Sheffield, York et Londres, et le public qui finance les droits télévisés britanniques reste la première source de revenus. Mais les joueurs sont de plus en plus chinois, l'argent de la croissance vient de plus en plus du Golfe, le niveau de score progresse chaque saison, et la génération qui domine depuis 1992 refuse de prendre sa retraite. Chacune des tendances ci-dessous est déjà visible dans les résultats, les dotations et la composition du circuit, et non dans de simples projections.
Chiffres clés
Tendances
La Chine devient la seconde patrie du snooker
Vingt ans après que Ding Junhui a battu Stephen Hendry à Pékin, la Chine fournit plus de professionnels au World Snooker Tour que tout pays hormis l'Angleterre, avec plus de vingt joueurs détenant une carte de tour à tout moment et une filière bien établie qui envoie des adolescents vivre et s'entraîner dans des académies à Sheffield. Cet investissement a produit des résultats à tous les niveaux : plusieurs tournois classés organisés en Chine avant la pandémie et de nouveau depuis, des joueurs chinois atteignant régulièrement les phases finales des majeurs, et en mai 2025 Zhao Xintong battant Mark Williams 18-12 pour devenir le premier champion du monde asiatique. La conséquence commerciale est plus vaste que la conséquence sportive. Les audiences télévisées chinoises pour les grands événements écrasent les audiences britanniques, des sponsors chinois financent des tournois sur les deux continents, et une instance dirigeante historiquement dépendante de la BBC dispose désormais d'un second marché aux goûts différents, avec notamment une préférence pour les formats plus courts et les débuts en après-midi.
L'argent du Golfe entre dans le calendrier
Le lancement d'un tournoi majeur à Riyad en 2024, avec la plus grosse dotation en dehors du Championnat du monde et une bille dorée à 20 points portant le break maximum théorique à 167, a marqué l'entrée du snooker dans un schéma déjà familier en golf, en boxe et en football. Pour les joueurs, l'attrait est simple : les gains sur le World Snooker Tour chutent fortement en dehors des seize meilleurs, et un seul grand tournoi change sensiblement l'économie d'une carrière de milieu de tableau. Pour l'instance dirigeante, cela diversifie les revenus loin des accords de diffusion britanniques. Les objections sont tout aussi familières, portant sur les droits humains, le risque de bâtir le calendrier autour d'un seul bailleur de fonds, et l'érosion des tournois traditionnels incapables de rivaliser financièrement. La version snooker de ce débat est plus discrète que celle du golf car aucun circuit dissident n'a émergé, mais la direction est prise et d'autres événements dans le Golfe sont largement attendus.
La reconstruction de l'intégrité après 2023
En 2023, la WPBSA a conclu la plus vaste affaire de matchs truqués de l'histoire du sport, sanctionnant dix professionnels chinois. Deux d'entre eux, Liang Wenbo et Li Hang, ont été bannis à vie pour avoir organisé le système ; d'autres ont reçu des suspensions de durées variables. Le scandale fut d'autant plus grave qu'il touchait un groupe de joueurs connus issus du marché de croissance le plus important du sport, et que la structure même du snooker — compétition individuelle, faibles revenus en dehors de l'élite et volumes de paris considérables sur des manches isolées — le rend intrinsèquement vulnérable. La réponse a été un renforcement de l'éducation, de la surveillance et des obligations de signalement sur tout le circuit, accompagné d'une pression pour relever les dotations des tournois inférieurs afin de réduire l'exposition des professionnels aux tentations. Le rebondissement le plus frappant survint en 2025, lorsque Zhao Xintong, qui avait purgé une suspension de vingt mois pour son rôle mineur dans l'affaire, revint par les qualifications et remporta le Championnat du monde.
Inflation du score et manches qui rétrécissent
Le niveau de score ne cesse de grimper. Les centuries qui distinguaient autrefois un grand joueur se comptent désormais par centaines chaque saison sur tout le circuit, les meilleurs joueurs en réalisent plus d'une centaine sur une seule campagne, et les breaks maximums officiels, autrefois un événement marquant une décennie, surviennent maintenant plusieurs fois par an. Les causes tiennent à parts à peu près égales au matériel et au coaching : des tapis plus rapides et des jeux de billes fabriqués avec constance rendent le contrôle de la blanche plus prévisible, tandis qu'un coaching technique systématique a relevé le niveau plancher du plateau professionnel plutôt que son seul sommet. L'effet compétitif est qu'une seule bille manquée coûte plus cher que jamais, ce qui augmente paradoxalement la valeur du jeu de sécurité. Cela raccourcit aussi les manches, alimentant un débat de diffusion sur la place que peuvent encore occuper les longs échanges tactiques dans un programme qui rivalise pour capter l'attention.
La question du Crucible
Le siège du Championnat du monde compte moins de mille places, n'a aucun espace pour s'agrandir, et accueille deux matchs simultanément derrière une cloison pendant la première semaine. Son contrat a été prolongé à plusieurs reprises plutôt que rendu permanent, et chaque cycle de renouvellement suscite des spéculations publiques sur un déménagement — vers une plus grande arène britannique, ou à l'étranger vers la Chine ou le Moyen-Orient, où bien plus d'argent serait disponible. L'argument inverse est que le lieu est indissociable de l'événement : l'intimité qui rend la salle inconfortable pour les joueurs est exactement ce que la télévision vend depuis près de cinquante ans, et l'atmosphère du Crucible est régulièrement citée par les champions comme la raison pour laquelle y gagner compte davantage qu'ailleurs. La tension entre le patrimoine du sport et son économie n'a pas de résolution évidente, et le débat s'enflamme chaque printemps.
La promotion 1992 ne partira pas
Ronnie O'Sullivan, John Higgins et Mark Williams sont tous devenus professionnels en 1992 et étaient tous encore en compétition au plus haut niveau plus de trois décennies plus tard. O'Sullivan a remporté le titre mondial à 46 ans en 2022, Williams a atteint la finale à 50 ans en 2025, et Higgins continue de remporter des tournois classés bien après 45 ans. Les faibles exigences physiques du snooker permettent des carrières d'une longueur impossible dans la plupart des sports, mais la persistance particulière de ce trio est inhabituelle même selon ces standards, et elle a réduit les opportunités disponibles pour la génération suivante. La conséquence est un renouvellement retardé : Judd Trump, Mark Selby et Neil Robertson ont passé leur apogée à rivaliser avec des joueurs plus âgés d'une décennie, et la nouvelle vague a dû évincer deux générations à la fois.
Élargir les filières d'accès
Le circuit a entrepris d'ouvrir ses voies d'accès. La championne du World Women's Snooker et le champion du monde des seniors reçoivent désormais des cartes de tour professionnel, les tournois de qualification amateur alimentent directement le circuit principal, et la Q School offre à tout joueur, quel que soit son âge ou sa nationalité, une voie vers une carte de deux ans. Reanne Evans et Ng On-yee ont toutes deux affronté des professionnels masculins en tournois classés, et le jeu féminin s'est élargi géographiquement, des joueuses chinoises et thaïlandaises atteignant ses plus grandes finales. Les progrès restent inégaux — le vivier de professionnelles à temps plein est réduit et les dotations du jeu féminin ne représentent qu'une fraction de celles du circuit principal — mais le changement structurel est réel, et le sport n'est plus un univers où le seul point d'entrée est un circuit junior britannique.
Perspectives
Le scénario le plus probable pour la prochaine décennie est un sport qui reste britannique dans son cœur historique tout en devenant chinois dans sa population de joueurs et financé par le Golfe à sa marge commerciale. Le titre de Zhao Xintong en 2025 est le genre de résultat qui change les courbes de participation plutôt que de simplement changer les livres de records, et l'infrastructure d'académies qui l'a produit est désormais assez mature pour former des successeurs. Il faut s'attendre à davantage de tournois classés en Asie et au Moyen-Orient, à une pression continue sur les tournois britanniques traditionnels incapables de rivaliser financièrement, et à un débat récurrent sur la question de savoir si le Championnat du monde doit rester dans un théâtre qui accueille moins de spectateurs qu'un terrain de football de village.
Sur la table, la direction est encore plus claire. Le score continuera de grimper, les breaks maximums continueront de devenir moins remarquables, et la prime sur la sécurité augmentera avec eux, car un jeu où tout le monde peut nettoyer la table est un jeu décidé par qui obtient la première chance. Les questions ouvertes sont structurelles : la finale mondiale sur quatre séances survivra-t-elle à un marché de diffusion qui récompense la brièveté, les formats plus courts comme le Shoot Out et le six-red évolueront-ils de simples curiosités vers un véritable second niveau, et les dotations en bas du circuit augmenteront-elles assez pour rendre les rangs professionnels viables financièrement pour la centaine de joueurs qui n'atteignent jamais une finale.
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