Avant que « psychiatrist » ne devienne l'usage anglais standard, les médecins qui traitaient les aliénés étaient appelés alienists — du français aliéné, celui qui est aliéné de son propre esprit et de la société. L'Association of Medical Superintendents of American Institutions for the Insane, fondée en 1844, ne se renomma American Psychiatric Association qu'en 1921, suivant à peu près le moment où le terme plus ancien tomba en désuétude.
L'aliéniste n’existe plus comme métier vivant. Voici ce qui l’a effacé, et quelle profession a repris le travail.
L'âge du confinement
Pendant plus de cinq siècles, la plupart des sociétés gérèrent la maladie mentale grave par le confinement plutôt que le traitement : caves familiales, hospices ecclésiastiques et, de plus en plus, institutions dédiées comme Bethlem à Londres ou l'Hôpital général à Paris, qui dès 1656 tenait pauvres, criminels et aliénés sous un même toit. La contention physique — chaînes, camisoles, cages — était pratique standard, justifiée par la croyance que les aliénés ne ressentaient ni froid, ni douleur, ni honte.
Ce qui se passait alors
Le médecin Philippe Pinel, s'appuyant sur des années de réforme discrète déjà commencées par le surveillant-chef Jean-Baptiste Pussin, retire les entraves de fer des patients à l'hôpital de la Bicêtre à Paris, arguant publiquement que les aliénés étaient malades plutôt que criminels ou possédés — le début symbolique du « traitement moral ».
Le médecin allemand Johann Christian Reil introduit le terme « Psychiatrie » dans un article publié à Halle, proposant que le traitement de l'esprit exigeât sa propre spécialité médicale distincte de la médecine générale et de la chirurgie.
La sixième édition du manuel d'Emil Kraepelin, fondée sur des années de suivi des issues des patients à Heidelberg, distingue la dementia praecox — qui s'aggravait avec le temps — de la folie maniaco-dépressive, qui venait par épisodes récupérables ; la scission reste reconnaissable aujourd'hui dans le diagnostic comme schizophrénie et trouble bipolaire.
Le livre de Sigmund Freud, daté 1900 sur sa page de titre bien que paru à Vienne fin 1899, soutient que les rêves révèlent des désirs inconscients et pose le socle théorique de la psychanalyse, qui dominerait une grande part de la théorie psychiatrique en Europe et en Amérique du Nord pendant le demi-siècle suivant.
Où vit ce travail aujourd’hui
Diagnostique et traite les maladies mentales par médicaments et psychothérapie, l'une des rares spécialités médicales dotée du pouvoir légal d'interner un patient en crise.
🧠 Psychiatre →Le médecin des aliénés du XIXe siècle — du français aliéniste — présidait les vastes asiles publics de l'époque, témoignant dans les tribunaux sur la « folie morale » et gérant des institutions abritant souvent des milliers de personnes. Le titre s'effaça au début du XXe siècle lorsque « psychiatre » le remplaça et que le traitement commença à sortir des asiles ; la psychologie clinique grandit en partie dans l'espace laissé par le système asilaire.
Ce qui se passait alors
Wilhelm Wundt fonde le premier laboratoire dédié à la psychologie expérimentale à l'université de Leipzig, mesurant temps de réaction et jugements sensoriels avec des instruments de laiton. Au cours de sa carrière, il supervise plus de 180 doctorats, et ses étudiants — G. Stanley Hall, James McKeen Cattell, Edward Titchener entre autres — implantent des départements de psychologie sur trois continents.
William James remet à l'éditeur Henry Holt son manuel de près de 1 400 pages en deux volumes douze ans après l'avoir promis en deux, l'appelant la preuve que la psychologie n'était pas encore une science. Le livre — sur l'habitude, l'attention, l'émotion et le « courant de conscience » — devient le texte fondateur de la psychologie américaine et est encore cité aujourd'hui.
À l'université de Pennsylvanie, Lightner Witmer — un expérimentateur formé par Wundt — commence à recevoir des écoliers en difficulté d'apprentissage, en commençant par un jeune de 14 ans orienté comme « mauvais orthographe chronique ». Il inventera plus tard le terme « psychologie clinique » et fondera la première revue qui lui est consacrée, orientant la psychologie de laboratoire vers l'aide aux personnes individuelles.
Sigmund Freud publie Die Traumdeutung à Vienne, arguant que les rêves ont un sens et qu'une grande part de la vie mentale est inconsciente. Le premier tirage de 600 exemplaires met huit ans à s'écouler, mais le livre lance la psychanalyse — la première thérapie de parole systématique — et un vocabulaire que la culture élargie n'a jamais rendu.
Où vit ce travail aujourd’hui
Le scientifique de l'esprit et du comportement, du laboratoire de Wundt à Leipzig en 1879 à la salle de thérapie — formé pour entendre ce qu'une personne ne peut pas encore se dire elle-même.
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