c. 440 BCEHérodote achève les Histoires
Hérodote d'Halicarnasse publie son enquête sur les guerres gréco-perses, fondée sur des voyages en Égypte, au Levant et sur la côte de la mer Noire et sur des entretiens avec prêtres, vétérans et informateurs locaux. Il rapporte des versions contradictoires côte à côte et signale ses propres doutes — un acte fondateur de la méthode, même si Plutarque le qualifia plus tard de « père des mensonges ».
c. 400 BCEThucydide fixe la norme critique
Dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, le général athénien exilé Thucydide énonce ouvertement ses règles : il ne se fie qu'à ce qu'il a vu ou pu vérifier auprès de témoins croisés entre eux, exclut le mythique et écrit non pour les applaudissements mais comme « une possession pour toujours ». Les historiens citent encore ce passage comme la première déclaration méthodologique de la discipline.
c. 91 BCESima Qian achève le Shiji
Le Grand Historien de Chine achève les Registres du Grand Historien : 130 chapitres couvrant environ 2 500 ans, organisés en annales, tables chronologiques, traités et biographies. La structure devint le modèle des vingt-quatre histoires dynastiques officielles de Chine, donnant à l'Asie orientale une tradition historiographique ininterrompue et entretenue par l'État sans équivalent ailleurs dans le monde.
731Bède date le passé depuis l'Incarnation
Au monastère de Jarrow, Bède achève l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais, nommant soigneusement ses sources et popularisant le système de datation anno Domini qui permet de placer des événements de royaumes différents sur une même chronologie. Les chroniqueurs monastiques de toute l'Europe travaillèrent dans son ombre pendant les sept siècles suivants.
1377Ibn Khaldoun rédige la Muqaddimah
Dans un château de l'actuelle Algérie, l'érudit tunisien Ibn Khaldoun rédige l'introduction à son histoire universelle, arguant que les récits doivent être testés contre les lois du comportement réel des sociétés — comment les dynasties s'élèvent sur la cohésion de groupe et déclinent dans le luxe. La sociologie et l'histoire économique européennes n'arriveront à des idées similaires qu'environ cinq siècles plus tard.
1440Valla démasque la Donation de Constantin
L'humaniste italien Lorenzo Valla prouve que la Donation de Constantin — le document par lequel la papauté revendiquait l'autorité impériale sur l'Europe occidentale — est une falsification médiévale, exposant des anachronismes dans son latin comme un vocabulaire féodal qu'aucun clerc du IVe siècle n'aurait pu employer. La critique philologique des sources, l'outil central de l'historien moderne, date de cette démonstration.
1824Ranke fonde la profession archivistique
Leopold von Ranke publie son premier livre, avec une annexe disséquant les sources empruntées et peu fiables d'historiens antérieurs, et déclare que la tâche de l'historien est de montrer le passé « wie es eigentlich gewesen » — tel qu'il fut essentiellement. Nommé à Berlin en 1825, son séminaire fondé sur les archives devint le modèle de formation dont descend toute la profession moderne.
1929L'école des Annales élargit le sujet
À Strasbourg, Marc Bloch et Lucien Febvre fondent la revue Annales d'histoire économique et sociale, détournant les historiens des rois et des batailles vers les prix, les récoltes, les paysages et les mondes mentaux des gens ordinaires. Leur programme — l'histoire comme science des humains dans le temps — remodela la discipline sur tous les continents.
1976La microhistoire lit l'esprit d'un meunier
L'historien italien Carlo Ginzburg publie Le fromage et les vers, reconstituant la cosmologie de Menocchio, un meunier frioulant du XVIe siècle brûlé par l'Inquisition, à partir de ses procès-verbaux. Le livre montra que les archives du pouvoir, lues à contre-courant, pouvaient restituer la pensée de personnes que l'histoire n'avait jamais pris la peine d'enregistrer.
2000La méthode historique passe en jugement
À la High Court de Londres, David Irving poursuit l'universitaire Deborah Lipstadt pour l'avoir qualifié de négationniste de la Shoah. Le rapport d'expertise de 740 pages de l'historien Richard J. Evans retrace les citations d'Irving jusqu'aux sources, et le juge conclut qu'Irving avait « délibérément déformé et manipulé » les preuves — une démonstration publique que la note de bas de page est une affirmation vérifiable, non un ornement.